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30.06.2008
Pour fer cour
Les sms, nouveau moyen de communication, ont donné naissance à ce que certains qualifient de nouvelle forme de langage, et qui est pour d’autres une perversion de la langue française.
Il est vrai que le langage évolue, et que de tous temps, certains étaient contre toute forme de réforme de la langue. Mais outre leur aspect pratique et économique ces messages plus proches de la phonétique doivent-ils être considérés comme une évolution de la langue ou comme un phénomène de mode, un renfermement communautaire ou un moyen pour les jeunes de donner leur avis sur le français, leur propre langage, mais aussi sur eux-mêmes ?
La langue évolue. Même le latin n’est pas entièrement resté figé, contrairement à l’idée commune ; si sa forme écrite a donné la langue morte que l’on enseigne à l’école, la partie orale du latin a continué de muter, jusqu’à donner les langues romanes. Le français n’existe réellement que depuis le XVIème siècle, il s’est construit à partir du latin, du grec réhabilité peu auparavant, et des langues « barbares ». Il n’y a eu de français que lorsque les règles grammaticales, orthographiques, lexicales… ont été définies. Une langue doit donc avoir des règles strictes pour exister et perdurer. La structure permet à la fois son enseignement et la compréhension : à quoi peut bien servir un langage si personne ne peut le comprendre distinctement, sans avoir à en inférer le sens ?
Dans les débats actuels, un mot revient souvent : traduire. Et il n’est pas seulement utilisé par les détracteurs de la forme de communication qu’est le texto. Beaucoup considèrent que les vieux conservateurs que nous sommes (quel que soit notre age d’ailleurs) doivent faire l’effort de traduire. Est-ce une forme de rébellion, un moyen pour ces « jeunes » de se distinguer ? Le repli communautariste encouragé par nos politiques y serait pur beaucoup. Dès lors que la France a été unie par une télévision nationale, nous avons tous eu, consciemment ou non, le parler parisien. Pour ce qui est de l’écrit, la langue a été transmise grâce à l’école de la République. Mais le repli identitaire qui commence à s’imposer passe principalement par les jeunes générations. Les ghettos que sont les banlieues actuelles ont vu naître un nouveau parler. Même si le verlan et l’argot existent depuis longtemps, l’accent particulier des jeunes de banlieue montre que perdure la différentiation selon le statut et la classe sociale.
La langue reste un moyen de définition et l’expression d’un attachement identitaire.
Si le langage sms, au départ, est simplement un détournement pratique du langage (rapidité et économie monétaire), il s’agit maintenant surtout d’une mode. On fabrique des dictionnaires sms, des sites qui réécrivent les œuvres françaises dans cette nouvelle langue, les publicitaires surfent sur cette nouvelle vague, et le sms envahie internet. On l’aura compris, il ne s’agit plus ici de gagner du temps lorsque l’on a devant soi un vrai clavier contenant tous les caractères d’utilisation habituelle, où encore d’économie de place lorsque l’on n’est pas limité en nombre de caractère et que l’impératif économique n’entre plus en jeu. S’il s’agit d’un besoin de reconnaissance identitaire comme souligné plus haut, pourquoi voit-on ce langage partout sur internet ? « Il faut que les adultes fassent l’effort de traduire » : ne s’agit-il pas d’un moyen pour se faire entendre ? Au sens plus général, n’est-ce pas « il faut que les adultes fassent l’effort de comprendre, de nous comprendre ? » Le langage caractérise donc l’individu dans sa volonté d’être écouté et compris. Cette compréhension passe par un effort conscient de l’interlocuteur, preuve pour l’énonciateur qu’il est écouté et non pas seulement entendu.
Il est vrai que le langage évolue, et que de tous temps, certains étaient contre toute forme de réforme de la langue. Mais outre leur aspect pratique et économique ces messages plus proches de la phonétique doivent-ils être considérés comme une évolution de la langue ou comme un phénomène de mode, un renfermement communautaire ou un moyen pour les jeunes de donner leur avis sur le français, leur propre langage, mais aussi sur eux-mêmes ?
La langue évolue. Même le latin n’est pas entièrement resté figé, contrairement à l’idée commune ; si sa forme écrite a donné la langue morte que l’on enseigne à l’école, la partie orale du latin a continué de muter, jusqu’à donner les langues romanes. Le français n’existe réellement que depuis le XVIème siècle, il s’est construit à partir du latin, du grec réhabilité peu auparavant, et des langues « barbares ». Il n’y a eu de français que lorsque les règles grammaticales, orthographiques, lexicales… ont été définies. Une langue doit donc avoir des règles strictes pour exister et perdurer. La structure permet à la fois son enseignement et la compréhension : à quoi peut bien servir un langage si personne ne peut le comprendre distinctement, sans avoir à en inférer le sens ?
Dans les débats actuels, un mot revient souvent : traduire. Et il n’est pas seulement utilisé par les détracteurs de la forme de communication qu’est le texto. Beaucoup considèrent que les vieux conservateurs que nous sommes (quel que soit notre age d’ailleurs) doivent faire l’effort de traduire. Est-ce une forme de rébellion, un moyen pour ces « jeunes » de se distinguer ? Le repli communautariste encouragé par nos politiques y serait pur beaucoup. Dès lors que la France a été unie par une télévision nationale, nous avons tous eu, consciemment ou non, le parler parisien. Pour ce qui est de l’écrit, la langue a été transmise grâce à l’école de la République. Mais le repli identitaire qui commence à s’imposer passe principalement par les jeunes générations. Les ghettos que sont les banlieues actuelles ont vu naître un nouveau parler. Même si le verlan et l’argot existent depuis longtemps, l’accent particulier des jeunes de banlieue montre que perdure la différentiation selon le statut et la classe sociale.
La langue reste un moyen de définition et l’expression d’un attachement identitaire.
Si le langage sms, au départ, est simplement un détournement pratique du langage (rapidité et économie monétaire), il s’agit maintenant surtout d’une mode. On fabrique des dictionnaires sms, des sites qui réécrivent les œuvres françaises dans cette nouvelle langue, les publicitaires surfent sur cette nouvelle vague, et le sms envahie internet. On l’aura compris, il ne s’agit plus ici de gagner du temps lorsque l’on a devant soi un vrai clavier contenant tous les caractères d’utilisation habituelle, où encore d’économie de place lorsque l’on n’est pas limité en nombre de caractère et que l’impératif économique n’entre plus en jeu. S’il s’agit d’un besoin de reconnaissance identitaire comme souligné plus haut, pourquoi voit-on ce langage partout sur internet ? « Il faut que les adultes fassent l’effort de traduire » : ne s’agit-il pas d’un moyen pour se faire entendre ? Au sens plus général, n’est-ce pas « il faut que les adultes fassent l’effort de comprendre, de nous comprendre ? » Le langage caractérise donc l’individu dans sa volonté d’être écouté et compris. Cette compréhension passe par un effort conscient de l’interlocuteur, preuve pour l’énonciateur qu’il est écouté et non pas seulement entendu.
19:56 Publié dans Pensée peu profonde du jour | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
Lorsque j'étais à la Fac, prendre des notes était une nécessité, comment ne pas déformer la langue ? Je pense que le langage SMS est une déformation aussi de ce genre de pratique !
Je ne trouve pas cela mal mais c'est vrai que si on a la possibilité d'écrire correctement il faut en profiter...
Ecrit par : Nephthys | 04.07.2008
Répondre à ce commentaireJe suis d'accord avec toi : dans la prise de notes, je pense que tous les petits trucs sont les bienvenus. Entre abréger, utiliser des signes externes (w pour travail) ou phonétiser la langue, je ne vois pas trop la différence. Tiens, personnellement je parsemais mes notes de lettres grecques (η pour état par exemple). Le problème quand on a chacun son propre style de prise de notes c'est qu'il faudrait fabriquer un lexique pour quand on se les prête parce que ça finit par ressembler à un message codé lol. Mais dans l'absolu, ces notes on les écrit pour soi. J'utilise ce même procédé quand j'écris dans mon agenda mais il ne me viendrait pas à l'esprit de coder des messages qui s'adressent à d'autres.
C'est surtout ça que je reproche à cette tendance du tout texto : la langue elle-même est un code qu'on a appris à décortiquer et interprêter à l'école, et ce non pas par lubie mais parce que posséder un langage commun est la seule façon de se comprendre. Il suffit de voir les problèmes qui se posent dans les nations et états qui sont séparés dans leurs propres murs par des problèmes de langages différents. Une langue est unificatrice, elle permet à tous de s'écouter et par là parvenir à se comprendre.
Rien que sur Internet, quand je vois un texte cryptique ou déformé par une horde de fautes d'orthographe, ça ne m'encourage pas à le lire. Et pourtant je maîtrise assez bien le monstre pour l'utiliser parfois dans mes sms. Je n'ose imaginer la réaction d'une personne qui n'y est pas habituée et à plus forte raison quelqu'un qui apprend le français ; lui tout ce qu'il verra c'est une barrière qui le met à l'écart de la conversation. Une langue est faite pour être comprise du plus grand nombre, et ça à l'opposé c'est un replis communautaire.
Ecrit par : gready | 06.07.2008
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